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 L’Amazone, le Cérès, le Ville de St Nazaire, la Loire, le La Martinière, la Fortune, l’Allier... de jolis noms pour des bateaux qui embarquèrent plus de 52 000 personnes pour un « voyage » le long de la route du bagne.
L’histoire
Dès 1793, les premiers déportés arrivèrent en Guyane. Il s’agissait de religieux et d’opposants politiques.
C’est en 1848 que les bagnes d’outre-mer seront créés et les premiers convois de transportés quittèrent la métropole pour le bagne colonial de Guyane en 1852. Le voyage durait alors jusqu’à 41 jours.
Qu’ils aient été déportés, relégués ou transportés tous souffrirent des conditions de vie rendues difficiles par leur statut et aussi par le climat. De 1852 à 1866 : de nombreux bagnards moururent.
1867 : Les autorités décidèrent d’envoyer ceux qui étaient encore en vie vers la Nouvelle Calédonie. Seuls les bagnards astreints à résidence (le doublage) restèrent sur le sol guyanais. La transportation vivait-elle alors ces derniers jours ? Nullement. Il fut alors décidé de transporter en Guyane les forçats coloniaux asiatiques et africains.
La Guyane fut de nouveau terre « d’accueil » pour les européens en 1885, date à laquelle la Guyane devint une terre de relégation. « Les pieds de biche » arrivèrent en 1887.
La transportation fut supprimée en juin 1938... cela n’empêcha pas le départ, de St Martin de Ré, de bagnards en novembre 1938 !!!
Le 30 mai 1854, un décret, légiférant sur les travaux forcés, fut signé par Napoléon III. Il précisait l’exécution de la peine des travaux forcés et instaurait le principe de la double peine : tout individu condamné à moins de huit années de travaux forcés était tenu, à l’expiration de sa peine, de résider pendant un temps égal à la durée de sa condamnation.
Si la peine était de huit ans, il devait y résider à vie.
Le voyage
Pendant le second Empire le transport des condamnés se faisaient sur des bateaux de la Marine Nationale qui partaient de Brest ou de Toulon et mettaient de nombreuses semaines pour arriver en Guyane.
Le voyage commençait, environ trois semaines avant le grand « voyage », par l’acheminement des condamnés jusqu’à La Rochelle. Après une nuit passée dans une prison, ils partaient vers la citadelle de St Martin de Ré. De la cité rhétaise, les forçats prenaient ensuite le chemin de la Guyane.
Albert Londres (1884-1932), le célèbre journaliste, fut entre autre celui qui fit fermer le bagne de Cayenne, dénonça la traite des Noirs, et celle des « blanches ». Il signa son premier article en 1914, et couvrit la Grande Guerre, la Révolution russe, le Tour de France cycliste, les chaos de la République chinoise, le scandale du bagne de Cayenne, les bataillons disciplinaires d’Afrique du Nord, la condition des aliénés dans les asiles de France, la traite des noirs en Afrique et la traite des blanches en Argentine, les pêcheurs de perles de Djibouti et les terroristes dans les Balkans... Il est mort le 16 mai 1932 lors de l’incendie du paquebot George Philippar au retour d'un reportage en Chine dont on ne sait rien.
Créé par sa fille, Florise, le Prix Albert Londres couronne, en France, le meilleur reporter de l’année en presse écrite depuis 1933 et audiovisuelle depuis 1985.
Le Bagne : les camps.
Le bagne.. les bagnes !
De nombreux sites ont été installés sur cette terre d’Amérique du Sud.
De nombreux camps ont été ouverts et chacun avait un rôle et une activité bien définis. La capitale du bagne fut St Laurent du Maroni.
Le pénitencier de Cayenne ne comportait que 3 grands baraquements : l’Europe, l’Asie, l’Afrique.
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Le pénitencier des îles du Salut
- Ile Royale pour les forçats, dangereux, en cours de peine,
- St Joseph pour les libérés et les repris de justice,
- Ile du Diable pour les déportés politiques,
- Le camp des Roches (Kourou),
- Le camp de Pariacabo,
- Le camp de Passoura,
- Le camp Léandre,
- Le camp Guatemala.
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Le pénitencier de St Laurent du Maroni regroupait plusieurs camps :
- le camp de la transportation de St Laurent,
- le camp de St Maurice,
- le camp des Malgaches (forestier),
- le camp Lorrain,
- le camp Godebert (forestier),
- le Nouveau camp,
- le camp Charvein (forestier),
- le camp Lalouette,
- le camp des Hattes,
- le camp Coswine.
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Le pénitencier de St Jean
- le camp de la relégation de St Jean,
- le camp de St Louis,
- le poste de la Forestière
et d’autres sites encore…..
- Le Territoire de l’Inini,
- L’îlet la Mère,
- Enfant perdu,
- La Montagne d’Argent,
- Camps St Philippe,
- St Augustin et Ste Marie sur La Comté,
- St Georges de l’Oyapock,
- Crique Anguille
- Saut Tigre
- Camp de Rémire ou de l’Orapu
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Il y a même eu des bagnes flottants ! Chimère, Proserpine, La Truite, Le Castor, le Gardien, Le Grondeur...
Et les femmes ?
On espérait peupler la Guyane … et des femmes furent envoyées en Guyane dès 1858. Elles allaient généralement à St Laurent du Maroni puis à Mana.
Le décret du 20 août 1853 autorise l'envoi des individus des deux sexes , d'origine africaine ou asiatique,aux travaux forcés en Guyane ; Il sera complété par l'article 4 de la loi sur la transportation de 1854 :
"Art.4 : les femmes condamnées aux travaux forcés pourront être conduites dans un des établissements créés aux colonies; elles seront séparées des hommes et employées à des travaux en rapport avec leur âge et avec leur sexe . " Ainsi, dés 1858 un convoi de 36 transportées arrive par la Loire. Elles seront prises en charge par les soeurs de St Joseph de Clunny, historiquement déjà présentes dans les prisons métropolitaines. Le premier mariage entre bagnards fut célébré en 1859, mais l’idée de développer la polpulation guyanaise par ce biais fut un échec.
Quelques Bagnards célèbres :
Henri Charrière dit Papillon
Né le 16 novembre 1906 à Saint-Étienne-de-Lugdarès dans l'Ardèche. Décède le 29 juillet 1973 à Madrid. C'est lui qui a écrit le livre Papillon. Proxénète à Paris dans les années 1930 Henri Charrière fut condamné aux travaux forcés à perpétuité au bagne de Guyane après avoir été jugé pour le meurtre de son ami Roland Legrand le 28 octobre 1931, meurtre qu'il a toujours nié. Il devint célèbre grâce à l’écriture d’un récit sur sa vie dont de nombreux épisodes ont été en réalité empruntés à des co-détenus.
Alfred Dreyfus
Né à Mulhouse le 9 octobre 1859 - décède à Paris le 12 juillet 1935. Officier français juif d'origine alsacienne, il est Accusé, puis condamné pour trahison avant d'être gracié. Il fut au cœur d'un conflit social et politique majeur de la IIIe République, appelé l'Affaire Dreyfus.
Guillaume Seznec
Accusé du meurtre de son ami et associé Pierre Quémeneur et condamné après un procès houleux aux travaux forcés à perpétuité. Seznec ne cessa de clamer son innocence, soutenu par les lettres de sa femme qui se battit pour lui, mais dont il apprit au bout de dix ans la mort, après celle de sa fille. Il fut finalement gracié après vingt ans de réclusion aux îles du Salut. Son petit-fils, Denis Seznec, a obtenu une révision du procès pour obtenir sa réhabilitation.
Petit lexique argotique du bagne et des bagnards :
- Bonnet de laine : nom donné aux transportés
- Chaouch : surveillant militaire
- Chapeau de feutre : nom donné aux relégués
- Déporté : condamné politique. Le déporté ne travaillait pas.
- Fagot : forçat
- Gaffe : surveillant militaire
- Le Grand Collège : le pénitencier
- Premier-Paris : condamné dont l’affaire avait eu un certain retentissement et qui faisait la « une » des journaux.
- Pied-de-biche : relégué
Les surveillants de l’administration pénitentiaire
« La Tentiaire » comme l’appelaient le bagnards était un corps spécial, dont le recrutement et le statut avaient été définis en 1867, était composé de sous-officiers de l’armée de terre et de mer. Ces hommes devaient avoir accompli leur service militaire et être libérés depuis moins de 5 ans. Bien sûr, une conduite irréprochable était obligatoire.
Leur paquetage était celui des troupes d’infanterie de marine.
Les peines...
Toutes personnes, commettant une infraction sur le territoire français, pouvait être condamnées à partir en Guyane. Mais toutes n’étaient pas soumises au même régime. Il y avait les peines politiques et les peines de droit commun.
Peine politique : la déportation.
Elle pouvait être simple ou en enceinte fortifiée et concernait des prêtres réfractaires et des politiques qui furent déportés sur Sinnamary, et Cayenne. Le site officiel fût ensuite l’Ile du Diable avec son plus célèbre pensionnaire Alfred Dreyfus.
Peines de droit commun : la relégation et les travaux forcés.
La relégation : concernait les voleurs multirécidivistes et correspondait à un bannissement perpétuel en terre étrangère. Elle n’était prononcée que pour l’époque où le condamné était libéré.
Il y avait deux relégations possibles :
- La relégation collective à St Jean du Maroni : les relégués travaillaient pour l’Administration Pénitentiaire (AP).
- La relégation individuelle : permettait à ceux ayant obtenu un bon classement d’être en semi-liberté et parfois même d’obtenir une concession.
La transportation : était le traitement réservé aux cas les plus durs relevant généralement des cours d’assises. Ces condamnés étaient envoyés à St Laurent du Maroni.
Sur place d’autres punitions étaient prévues. Le Tribunal Maritime Spécial jugeait les forçats et les peines pouvaient aller jusqu’à la peine de mort. Le bourreau utilisait alors une de deux guillotines présentes sur le sol Guyanais (St Laurent et les Iles du Salut).
| A voir |
- Camp de la transportation : visites guidées tous les jours de l’année.
- Quartier Officiel : Un circuit piétonnier permet de découvrir le Petit Paris - St Laurent du 19ème siècle.
- Camp de la relégation : Visite guidée sur RDV au 06 94 40 94 90
- L’îlot St Louis : qui a abrité l’ancienne léproserie est accessible lors des sorties en pirogue sur le fleuve Maroni.
- La statue du bagnard à St Laurent du Maroni
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Plus de renseignements à l'Office de Tourisme de St Laurent du Maroni au 05 94 34 41 54 |
| Bibliographie |
LES HISTORIQUES
- Ange PITOU - Voyage à Cayenne dans les 2 Amériques
2 tomes (1805) . réédité en 1909 sous le titre: les déportés de fructidor.
- Paul MIMANDE - Forçats et proscrits - 1897
Analyse précise de la Guyane politique et du bagne au 19éme siècle.
- Jean HESS - A l’ Ile du Diable
Grand reporter, il est envoyé par son journal traquer des infos sur le déporté Dreyfus, alors au plus dur de son incarcération.
- Danielle DONNET-VINCENT - La fin du bagne - 1992
Superbe étude des dernières années de cette institution et du travail accompli par l’armée du salut pour le retour des libérés; S’appuie sur les archives de Charles Péan et de Gaston Monnerville.
LES RÉCITS
- Emile JUSSEAU - Les cloches de la camarde (éd. Chantemerle - 1974)
Très beau récit d’une évasion et des conditions de vie pendant la guerre.
- LIARD-COURTOIS - Souvenirs du bagne (Paris - 1903)
Une analyse d’une grande finesse, dans une période moins connue. Ce politique, condamné pour anarchisme dépeint sans compromission tous les aspects de la vie au bagne. Un autre ouvrage suivra, beaucoup moins connu : " après le bagne " qui retrace l’existence des libérés.
- Roger FLOTAT - Au plus chaud de l’enfer du bagne (éd. Scorpion - 1957)
Le seul récit écrit par un surveillant, il s’était spécialisé dans la recherche des évadés en forêt, et avait réprimé, avec son épouse, la révolte de Lanio, à St Joseph en 1934.
- Henri CHARRIERE - Papillon (éd. R.Laffont - 1969)
Une référence ! Ouvrage très instructif et précis, de nombreuses anecdotes...
LES THÈSES
- Edmond HENRI - Etude critique de la Transportation en Guyane Française (réformes réalisables) - 1912
Remarquable analyse d’un inspecteur des colonies.
- Maurice THAMAR - Les peines coloniales et l’expérience Guyanaise - 1935
Le point de vue d’un criminologue et une analyse poussée du fonctionnement de l’Administration Pénitentiaire coloniale.
- Odile KRAKOVITCH - Les femmes bagnardes (Olivier Orban - 1990)
Thèse sur l’histoire des femmes au bagne.
LES ILLUSTRÉS
- Michel PIERRE - Le dernier exil (Découverte Gallimard n°71)
Très belle collection, une iconographie formidable allié au talent de Michel Pierre.
- J.P FOURNIER - Visions de bagne (éd. Pélican)
Beaucoup de photos inédites, un ouvrage très complet.
LES INSOLITES
- BOQUET-VALLES - Dorian Dombre (éd. Glénat - 1989)
Toute une B.D qui se déroule au bagne , exotisme , aventure et même une révolte des transportés...
- Aage KRARUP NIELSEN - Helvedet hisides havet (Kobenhavn - 1933)
L’histoire d’un bagnard Danois, tout en Danois...
Pour ceux qui ne comprennent pas la langue de la petite sirène, il existe une traduction en américain :Hell beyond the seas.
- Lisandru MARCELLESI - I Disgraziata - 1994
L’histoire authentique de son aïeul transporté au 19ème siècle pour une question d’honneur. Un très beau récit, tout en Corse !
DIVERS
- P.LARTIN et S.BLOT - Mémorial du bagne de la Guyane (éd.Orphie - 1988)
- J.SIMOLA - Le bagne de mon père - 1997
Raconte les souvenirs d’un enfant de surveillant dans le cadre du bagne.
- Albert LONDRES - Au bagne (Albin Michel - 1923)
Le talent du grand reporter, décrié par les uns, reconnu par les autres, il reste celui par lequel quelque chose a changé.
- Louis ROUSSEAU - Un médecin au bagne (Fleury - 1930)
Analyse très critique et très documentée du médecin chef des îles du salut. Adoré des bagnards, il était en conflit permanent avec les autorités pénitentiaires.
- Charles PEAN - Conquêtes en terre de bagne (Altis - 1948)
Un des ouvrages de Pean sur le formidable ouvrage de l’armée du salut pour la réhabilitation et le retour des libérés.
- René BELBENOIT - Les compagnons de la belle - (Traduit de l’Américain : Dry guillotine - 1938)
Le récit le plus complet, le plus précis, de celui qui fut archiviste du Gouverneur Siadous et qui n’eut d’autre choix, pour sauver sa peau, que de s’évader au départ de celui-ci...
- Eugène EPAILLY - Francis Lagrange : Bagnard, Faussaire génial - 1994
- Jean-Claude MICHELOT - La guillotine sèche : Histoire du bagne de Cayenne (éd. Fayard - 2000)
- Eric CAHM - L’affaire Dreyfus (Librairie Générale Française - 1994)
- Michel REDON - Le pensionnaire du Grand Collège (Ibis Rouge Editions - 2004)
- Michel PIERRE - Bagnards, la terre de la grande punition (éd. Autrement - 2001)
- Yves-Marie CLEMENT - Bagnard à 16 ans (Rageot Roman - 2006 - pour les plus jeunes)
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