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Bijoux créoles traditionnels  
Les bijoux font partie de l'héritage créole depuis le 17ème siècle et sont le métissage des savoir-faire et des techniques africains et européens.

Ils portent des noms très symboliques inspirés de l'histoire, de la faune ou de la flore locale : pomme cannelle, « tété négresse », chaîne torsadée, collier gros sirop, chaîne forçat, collier grain d'or, broche « nid de guêpe », collier chou, etc.

Aujourd'hui encore, les femmes antillaises adorent porter leurs plus beaux bijoux lors d'événements familiaux, de soirées ou tout simplement dans la vie de tous les jours.


Le bijou a été pour les esclaves le symbole de leur ascension sociale dans un système qui ne les favorisait pas et le seul luxe des populations campagnardes qui ne pouvaient investir dans la terre.
Ce sont les esclaves domestiques, la nourrice (la « da »), les chambrières ou favorites du maître qui arborent les plus anciennes parures d'or remplaçant peu à peu la verroterie du XVIIème siècle.

La coutume voulait que les enfants des familles riches remercient la « da » qui les avait élevés en lui offrant à chaque anniversaire ou étrenne un ou plusieurs grains d'or ouvragés. Montés en longs colliers, ils témoignaient de ses bons et loyaux services. Les artisans bijoutiers créoles se sont inspirés de deux sources d'influence pour leurs modèles : les différents styles français et les traditions africaines du travail des métaux.

Le bijou créole, né « à ce carrefour imprévu de civilisations » est le résultat d'un métissage de cultures.

Résurgences caraïbes, apports européens, survivances africaines et particularités locales se sont mariés et ont fait naître le bijou créole fruit de l'ingéniosité, de l'imagination, et du savoir-faire des artisans.
Fils d'or, torsades et plaques d'or d'origine africaine et arabe, se sont ajoutés aux chaînes fines et fermoirs ciselés de tradition européenne, pour donner, plongés dans la réalité de la flore et de la faune locale : pomme-cannelle, collier-choux, chenilles etc...

Les boucles d'oreilles

Autrefois le percement des oreilles était l'affaire des femmes âgées qui opéraient à l'aide d'un bouchon en liège qu'elles plaçaient derrière le lobe de l'oreille, et d'une aiguille préalablement passée à la flamme. La croyance voulait qu'on ne perce pas les oreilles à la saison des prunes sous peine d'une mauvaise cicatrisation.

Les Joncs : c'était le premier bijou offert aux enfants pour le percement de leurs oreilles. D'un demi centimètre environ de diamètre, le jonc est composé d'un anneau creux et d'une tige pouvant s'y emboîter de façon à permettre à cet anneau de se refermer complètement. Les mères avaient alors la possibilité de le faire tourner au fur et à mesure dans le lobe de l'oreille en l'enduisant d'un corps gras ou d'un désinfectant afin d'aider à une bonne cicatrisation.


Les Créoles : de forme arrondie, leur fermoir est une tige recourbée, soudée à un anneau qui traverse l'oreille. De forme et de dimension variées, l'anneau peut être simple et lisse, torsadé, à noeuds ou alors cannellé ; c'est la boucle d'oreille considérée comme la plus ordinaire. Datant vraisemblablement du XVIIIe siècle, elles ont été portées très tôt par les esclaves et surtout par les affranchies. Par la suite, c'était le bijou offert généralement aux petites filles à l'occasion de leur « communion privée ».

Les Dormeuses : ce sont généralement les boucles d'oreilles, agrémentées de petites fleurs, des fillettes. Toutefois, elles étaient aussi portées, constellées de brillants, par les femmes de classe sociale aisée.

Les Pommes cannelles : tirent leur inspiration de la flore locale ; elles sont réalisées à partir de la technique d'origine arabe ou africaine de superposition des plaques d'or. La pomme cannelle est composée d'un cercle d'or à l'intérieur duquel sont montés en cône des corolles aux pétales détachées rappelant les écailles du fruit : celles-ci se terminant au sommet par un grain d'or. Il ne faut absolument pas confondre pomme cannelle et dahlia.






Les Dahlias : toujours réalisé à partir de la même technique, le dahlia est composé d'un cercle d'or à l'intérieur duquel se juxtaposent une série de fleurs rondes ayant en leur centre un minuscule grain d'or.

Cette superposition de fleurs se termine par un gros grain d'or en son centre. Au niveau de la forme, le dahlia a un aspect "plus plat" que la pomme cannelle rappelant en cela la forme de la fleur.




Le « Tété négresse » (ci-contre) : comprend un cercle de grains d'or à l'intérieur duquel sont montés en superposition une série de petites fleurs (les mêmes que celles du dahlia) se terminant par un grain choux au sommet - les femmes noires ayant la réputation d'avoir les seins bien formés et "pointus" (tété douboutt) - d'où cette appellation si réaliste.

Les nids de guêpe : utilisant toujours la technique de superposition des plaques d'or, le nid de guêpe comme son nom l'indique, présente une série d'alvéoles légèrement incurvées. La forme générale est celle d'un cône ayant au sommet une fleur avec parfois un grain d'or en son coeur.

Les Chenilles : les plus anciennes sont montées en créoles ; la chenille se compose de trois torsades de fins fils d'or elles-mêmes torsadées en un seul corps imitant la bête du même nom. Il existe une autre variante qui est la chenille sur feuilles de piments : la boucle d'oreille porte en son milieu un gros grain d'or monté en pendentif représentant le piment, et surmonté lui-même d'une vrille simulant les jeunes bourgeons. Ce bijou peut se présenter, cerclé d'un anneau d'or, comme les pommes cannelles et les dahlias.

Les boucles d'oreilles à pierre : On remarque l'absence de pierres précieuses sur les bijoux traditionnels (saphirs, topazes, diamant...) car il est probable qu'il faut y voir l'absence d'une tradition artisanale africaine laquelle, surtout en Afrique noire, travaille très peu les incrustations.

Ces pierres coûtaient très cher et étaient réservées aux gens de condition aisée d'où l'emploi d'onyx, de grenat, d'ambre, de pierres semi-précieuses beaucoup plus accessibles quant au prix. La tradition s'étant perpétuée les bijoux créoles utilisent les pierres semi précieuses par préférence aux pierres précieuses.

- Les « pierres noires » : la boucle d'oreille est composée d'un cercle d'or entourant un onyx noir décoré en son centre d'un grain d'or.

- Les « nicolos » mauves ou bleus, présentent le même montage.

Les Pampilles : d'inspiration africaine ou arabe, la boucle d'oreille comprend environ huit petites nattes terminées par de petites boules d'or montées en pendentif sur une bague travaillée. Celle-ci est reliée à un grain d'or ou un noeud d'amour se terminant par une tige entrant dans le lobe de l'oreille.

« Les anneaux clous » : très spectaculaires et très anciens, les anneaux-clous utilisent la technique de fines plaques d'or enroulées en forme de cylindre se terminant aux deux extrémités par deux gros grains d'or. Ces cylindres accolés les uns aux autres sont montés en forme de panier surmonté d'une anse traversant le lobe de l'oreille.

Nous devons signaler que ces boucles d'oreilles étaient particulièrement extravagantes. Selon la fortune, les cylindres pouvaient être creux ou pleins.

Pleins, ils alourdissaient beaucoup la boucle d'oreille et pouvaient déformer le lobe de l'oreille. Il nous semble que ces anneaux clous tirent leur origine dans le vécu quotidien de l'habitation sucrière : les cylindres rappellent beaucoup la forme des « rolls » broyant la canne à sucre dans les anciens moulins des sucreries.

Les fagots de canne : relèvent du même vécu et utilisent la même technique de montage ; les cylindres d'or sont plus petits que précédemment, ciselés et noués par une feuille d'or simulant une « amarre » de canne à sucre.

Les feuilles de vigne : le modèle plus récent, d'inspiration européenne, comprend deux feuilles de vigne encadrant une grappe de raisin, l'ensemble étant enfermé dans un anneau ovale. Il existe deux autres variantes ; l'une comprenant la grappe seule, et l'autre les feuilles et la grappe de raisin sans cerclage d'or.

Certains autres bijoux traditionnels, comme les grains d'or, les grains choux, la maille forçat, qui ne se portaient, anciennement, qu'en collier ou en bracelet sont volontiers montés depuis une trentaine d'années en boucles d'oreilles pour compléter les parures.

Selon la fantaisie aussi des bijoutiers, les modèles sont mélangés : on trouve alors des nids de guêpe agrémentés d'onyx ou de grenat, des pierres noires et des grains choux, des pendentifs composés de trois ou quatre pierres noires reliées entre elles par une chaînette, des grains d'or et des perles ... etc.

Les broches

De dimension plus importante, elles font parure avec les boucles d'oreille notamment les pommes cannelles, nids de guêpes, pierres noires, nicolos, chenilles, tété négresse et camées. Les années 1950 ont vu l'apparition des broches araignées et orchidées.

Les bagues

On remarquera l'absence, chez ce peuple de travailleurs manuels, de la parure de la main. Alors que les gens aisés ont fait de leur main un objet de raffinement, l'antillaise pour qui la main demeure en perpétuel contact avec la terre et le travail manuel n'a pas inventé une seule bague.
La tendance depuis une trentaine d'années est à l'invention de modèles de bagues complétant les parures (grain d'or, forçat, pierre noires, grains choux, grenat, hibiscus, anthurium...). Les louis d'or offerts pour les baptêmes ou les communions, étaient souvent montés en broche ou en bagues.

Les colliers

De formes variées, les colliers constituaient l'élément principal de la parure ; pouvant atteindre parfois 7 mètres, ils couvraient pratiquement le cou.

Le forçat (à gauche) : ce collier est composé de paires de mailles ovales, creuses et emboîtées chaque paire étant composée d'une maille lisse et d'une maille striée.
Il peut être porté en ras de cou, en collier ou en sautoir (forme la plus courante anciennement), rappelant symboliquement la chaîne de l'esclave. Il était offert en gage d'attachement à la femme aimée. Les mailles de ce collier peuvent être de dimension variée.

Le Collier-choux (à droite) : est formé d'une succession de boules d'or enfilées sur une chainette. Chaque boule est composée de deux demi-sphères striées de même diamètre et soudée l'une à l'autre. Anciennement, ce collier accompagnait plus particulièrement la tenue jupe-chemise et pouvait faire trois à quatre fois le tour du cou. Les boules creuses et légères donnent à ce bijou la fragilité d'une coquille.



Le Collier grain d'or : Enfilade de boules d'or lisses et rondes, creuses ou pleines, ce bijou rappelle par son apparence le collier de perles. Celles-ci étant interdites aux gens de couleur, on pense que les artisans bijoutiers ont inventé un bijou les imitant.
Autrefois, on le portait en plusieurs rangs autour du cou. Il existe actuellement des variantes qui sont plus ou moins récentes : le ras de cou aux grains de grosseur dégradée, le sautoir aux grains espacés, et toute une variété aux grains de différentes grosseur ou alternée avec des perles, des grenats, des grains choux.

Le collier « Gros-sirop » est une succession de deux doubles mailles soudées, emboîtées les unes dans les autres ; utilisé plutôt en sautoir, avec cassolettes, il accompagnait la grand'robe de cérémonie.

La « Marchande de sirop » : est un collier plus rare qui accompagnait aussi la robe de cérémonie. Il est composé d'une suite de deux petites bagues plates striées et emboîtées : l'une est posée à la verticale, l'autre à l'horizontale.

Le collier gourmette ou à mailles plates : comprend des mailles creuses soudées les unes aux autres avec alternance d'une maille biseautée et d'une maille lisse.

La chaîne torsadée : est formée de fil d'or noué en torsade rappelant une corde : elle est très courante en Afrique du nord. Elle est le plus souvent portée en sautoir ou en ras de cou. Il existe une nouvelle variante plus récente ; la torsade dégradée portée en ras de cou.

Le collier à mailles concombre : Ce sont des mailles ovales avec un entrelacement de filigranes à l'intérieur, montées de façon espacée sur une chaîne à petites mailles rondes.

Les colliers « corail » et grenat : utilisent l'un, des pierres (grenats taillés à facettes) venant du Venezuela, l'autre des coraux taillés en baguettes ou en perles, enfilées sur une chaîne d'or ou un fil de coton pour les moins aisés. Le corail et l'ambre, sont portés pour leur vertu thérapeutique (bonne circulation sanguine, régulation de la tension...).

Les barillets et les cassolettes : Élément primordial du collier, le barillet sert en général de fermoir : richement ouvragé et de différente grosseur, il se porte le plus souvent à l'avant du collier. On distingue trois types de barillets - le barillet octogonal à facettes lisses ou à motif.

Les cassolettes, d'origine d'Afrique du nord, sont des médaillons richement ouvragés, agrémentés de pampilles ; elles sont plus particulièrement portées avec la longue chaîne torsadée ou gros sirop, accompagnant la " grand'robe " de cérémonie.

Les bracelets

    Ils sont le plus souvent assortis aux colliers sauf :

  • le bracelet grain d'or : formé de plusieurs rangs de demi-sphères de grains d'or reliées entre elles par une chaînette.
  • e jonc rond : qui est un grand anneau d'or creux, s'ouvrant à demi par un mécanisme permettant de l'enfiler : les deux moitiés du bracelet étant liées pour la sécurité par une chaînette.
  • le jonc plat : présente les mêmes caractéristiques. Il est beaucoup plus large.
  • le bracelet esclave est la réplique en or de l'original.
    On compte aussi les bijoux de tête, épingles en or, barrettes et l'épingle tremblante.

  • les épingles en or : véritables épingles à cheveux, sont parfois surmontées de trois petits cercles - ou alors d'un croissant de lune serti de petites pierres. Souvent portées par paire, reliées entre elles par une chainette, on les mettait à l'arrière de la tête sous la coiffe accompagnant la tenue de cérémonie.
  • les barrettes en or : toujours portées par paire de part et d'autre de la tête sur les deux nattes supportant la tête, elles étaient particulièrement de forme ovale et filigrane.
  • l'épingle tremblante : très rare dans les cassettes de bijoux, celle-ci se mettait sur la tête calendée à l'avant de la tête. Composée de trois fils d'or torsadés, faisant ressort et se rejoignant à la base par un grain d'or auquel était soudée une pointe, l'épingle tremblante portée par les « das », comportait à son extrémité tantôt un brin de cheveux tantôt une dent de lait de l'enfant cajolé qu'elles avaient eu en nourrice.
Les hommes non plus ne sont pas oubliés bien que peu nombreux, les bijoux pour homme comptent quelques pièces qui peuvent selon la fortune, être plus ou moins extraordinaires, notamment la chaîne de montre, l'épingle à cravate sertie ou non d'une pierre ou d'une perle, les boutons de col et de manchettes.

Nous devons aussi signaler pour les bébés, les boutons en or liés entre eux par un fil rouge ou blanc, que l'on enfilait au dos des brassières.

(Source : Article par Lyne-Rose Beuze et George Louis-Régis Psyché
www.touristmartinique.com)
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